Christophe Esnault - La plage est une frontière du 04 juillet au 31 aout 2018

juillet/aout 2018


A PLAGE EST UNE FRONTIERE
EXPOSITION DE PHOTOS DE CHRISTOPHE ESNAULT GALERIE L'ESPERLUETE A CHARTRES du 4 juillet au 31 août 2018


D'abord il y a les bleus. Et puisqu'il s'agit d'une exposition de photographies en couleurs autant bien regarder les teintes de ce bleu qui se déclinent en d'infinies variations : gris-bleu, bleu-vert, bleu ciel, bleu de Chartres, bleu de Procida, bleu de Klein... : c'est une exposition où le bleu est roi. Une fois bien repérées les différentes expressions de ce bleu il faut le voir entrer en relation avec les jaunes et les dorés du sable de la plage, qui peuvent tendre vers le rose nacré, sans parler des contrastes, parfois intenses, avec le gris ou le bronze des rochers.


à la plage toutes les couleurs sont magnifiées par le soleil. Même s'il est voilé ou si le ciel est nuageux, la luminosité est toujours bien plus soutenue que partout ailleurs. On y voit plus clair, comme si le regard était lavé par la masse liquide toute proche ainsi que par une humidité diffuse. Choisir la plage comme sujet photographique, c'est donc rapprocher l'œil de tous les objets qu'il peut croiser. « L'œil écoute » disait Claudel mais avec Christophe Esnault on peut dire que l'œil touche et goûte aussi - et avec un appétit certain.


Il faut dire que la plage est un sujet de choix pour le photographe car il s'agit d'un sujet paradoxal et sans doute aussi antinomique : ainsi, la plage noire de monde voisine fort bien, dans notre imaginaire, avec la plage déserte où l'on ne rencontrera que des silhouettes lointaines. On pourra opposer également la plage sauvage, qui garde toujours quelque chose d'un peu menaçant, à la plage parfaitement aménagée avec un luxe d'installations sportives pour le plaisir des petits et des plus grands. De même, le ciel qui écrase souvent la mer de tout son poids et de toute sa hauteur, se trouve parfois comme avalé lui-même par les abysses marins. La plage est donc bien un lieu de contrastes.
Sans doute ces couleurs changeantes et ces images contrastées s'expliquent-elles par le fait que la plage est une frontière entre la terre et la mer, entre la mer et le ciel, entre les forces cosmiques et la détente estivale. Et il convient d'ajouter que pour la plage des océans le phénomène des marées rend totalement fluctuant ce dessin de la frontière qui ne cesse de se dilater et de se contracter, brouillant toutes les pistes.

Enfin, c'est à la plage que l'on voit les corps tantôt allongés sur le sable, immobiles et dormant sans dormir vraiment, tantôt s'envoler dans l'air comme des mouettes, dans l'ivresse du plongeon. C'est le lieu où le corps accepte de se dévoiler avec ses beautés ou ses infirmités, enveloppé de souffles chauds ou ruisselant encore de toutes les gouttelettes de la baignade. Dans ce contexte la serviette de bain, pour modeste que soit l'objet, acquiert toute son importance : elle est l'indice marquant la portion de la plage qui m'appartient, le périmètre de ma propriété éphémère. En même temps elle est le signe de mon intimité puisqu'elle fait office de lit de fortune. Sans oublier le fait qu'elle signale mon passage à la plage et se présente comme la signature d'un art de vivre.

Christophe Esnault nous rend ainsi sensibles à tous ces aspects contradictoires de la plage avec un humour léger, non sans ambitionner toutefois d'emprisonner, dans ses compositions et cadrages, un lieu qui, finalement, n'a pas de frontières.

Lucien Giraudo

 

Photos en vente : renseignements au 06 75 54 31 15
Site de Christophe Esnault : postchristum.com